Mon père est un tyran

Cynthia_bap
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Mon père est un tyran

Messagepar Cynthia_bap » 12 Oct 2018 23:07

Bonjour,
Tout d'abord je m'appelle Cynthia, j'ai 16 ans et je n'ai pas de frères et soeurs ( c'est utile pour la suite)
Je veux vous parler de mon père et des conséquences de ses actes mais surtout je voudrais que vous m'aidiez car je ne sais pas comment faire pour m'en sortir.

Déjà je me souviens que dès mon plus jeune âge j'étais soulagée lorsque ma mère me disait que mon père serait pas là quand je rentrerai de l'école, il me mettait mal à l'aise car il n'y avait pas réellement de contact entre lui et moi. J'avais peur de faire le moindre fait et geste (c'est toujours le cas), ses réactions sont imprévisibles dans le mauvais sens du terme. Je ne savais jamais si il allait ou si il était furieux.

Une fois, je devais avoir 7 ans, nous étions tous les trois à table pour dîner (ma mère, mon père et moi) et j'avais tellement peur de lui demander quelque chose que je demandais toujours à ma mère. Cette fois là j'avais simplement demandé le pot de cornichons à ma mère, mon père s'est énervé, a pris le pot, a enlevé le bouchon et a versé l'intégralité du pot dans mon assiette en me disant "Peut-être que la prochaine fois tu ne demanderas pas à ta mère.". J'étais très surprise et j'ai voulu chercher du réconfort auprès de ma mère, je l'ai regardé, elle m'a répondu "il a raison ...". Ce que je cherche à dire avec cet exemple c'est que d'abord mon père a des réactions qui me semblent puériles et excessives mais en plus ma mère est de son côté la plupart du temps. N'ayant pas de frères et soeurs, je suis donc seule devant deux adultes dont je ne comprends absolument pas ce qu'ils veulent de moi (et c'est toujours le cas).

Un cas marquant de mon enfance, l'un des plus marquants, ce n'était pas contre moi mais je pense que c'est essentiel que je l'ajoute.
Je devais avoir 6 ou 7 ans aussi, j'étais sur le canapé en train de regarder la télévision et mes parents sont dans la même pièce que moi, derrière le canapé. Ils se disputent, comme cela arrive souvent, sauf que celle-ci est plus violente que d'habitude. Tout se passe très vite, mon père veut avoir le dernier mot, il crie, il insulte, ma mère répond, une chaise en bois qui vole en direction de ma mère. Trou noir, je ne me souviens de rien après ceci, tout ce qui reste de cette dispute c'est la chaise dont le dossier est cassé.

Le temps passe, je ne partage rien avec mon père. Ni passion, ni affection, ni mots. Je ne comprends pas comment mes camarades de classe peuvent s'amuser avec leur papa, moi qui essaie de le fuir.

Je rentre au collège, ma mère vient me voir et dit qu'elle doit me parler d'un air grave. Bilan : Mon père étant un gitan, je dois respecter ses coutumes, ses traditions, les interdictions (ultra sexistes), je ne dois pas avoir d'amoureux, je ne dois pas avoir d'amis garçons ou le moins possible, je ne dois pas mettre de décolleté ni de bas trop courts, ne pas faire la fête sauf avec d'autres gitans et quand je suis avec la famille du côté de mon père, je dois rester avec les filles, aller avec les garçons seulement si un garçon m'autorise, je dois servir les hommes, aider les femmes à nettoyer. Hum Ok. Concernant les amoureux ça me va pour le moment, cela ne m'intéresse pas. Pour ce qui est du reste cela ne me tracasse pas non plis, je les vois pas souvent (sauf le père, la belle-mère et la soeur de mon père mais ils ne sont pas vraiment dans ce délire là). Donc je le vis plutôt bien.

Je dois être en 6 ème ou en 5 ème. Une fête pour le départ à la retraite de ma mamie (il me semble que c'était cela) Bref, une fête. Mon père boit, comme tout le monde. En temps normal, c'est mon père qui part avant ma mère et moi, car il s'ennuie. Mais quand il s'amuse, et là c'était le cas, on part avant lui et il revient en plein milieu de la nuit complètement saoul. C'est ce qui est arrivé cette fois-là. Ma mère et moi étions rentrées, je vais me coucher. Je suis réveillée en pleine nuit par des cris au rez-de-chaussée, ce sont mes parents qui se disputent. Je ne sais pas quel est le motif mais il crie très fort. Ma mère n'est pas tellement agressive, elle tente de le calmer, en vain. Alors elle lui répond "Ta gueule." Blanc. Mon père répond un truc du genre "Quoi ta gueule ? A moi tu me dis ta gueule ? Arrête de faire ta belle parce que tu vas t'en prendre une hein !" Il répète cela jusqu'à qu'elle puisse en placer une, elle lui répond encore une fois, la fois de trop. J'entends mon père marcher d'en haut, il fait trembler la maison. Puis blanc. Bruit d'un meuble qui cogne contre le mur, ma mère qui pleure et qui traite mon père de "malade". La porte d'entrée qui claque. Pour une fois c'est mon père qui est partie. Donc pour la première fois je descends. Ma mère est dans la cuisine en train de pleurer, elle est même pas surprise de me voir. Je lui dis qu'il faut appeler la police, elle pleure encore plus et répond "Non". Donc je l'écoute, peut-être que je n'aurais pas dû l'écouter. C'est l'évènement le plus traumatisant de toute ma vie. Il n'y a plus eu un tel degré de violence depuis, enfin pas quand j'étais là.
Il a eu d'autres engueulades, le temps est passé.

Je suis en fin 4 ème, je me mets en couple avec un garçon (avec qui je suis toujours), je le dis à ma mère peu de temps après. Elle s'inquiète mais au fond ça la dérange pas. Puis toute ma famille commence à le savoir, y compris mon père ( 1 an et demi après), il est déçu je crois et il ne veut pas en entendre parler.

Durant les grandes vacances je commence un régime (j'ai toujours été en surpoids) sauf que ça va trop loin. J'ai perdu plus de 10 Kg en deux mois, j'utilisais des techniques tirées par les cheveux pour maigrir comme serrer au maximum un ceinture pendant les repas, compter mes boucher, me faire vomir ... J'ai arrêté et repris mon poids lorsque je suis rentrée en 3 ème.

En 3 ème, mon papi décède (du côté de mon père) immense tristesse, j'allais tous les weekends chez lui depuis ma naissance, je le considérais comme mon père.

Ma seconde a été plutôt rude. Je n'aimais pas ma classe, ils se moquaient de moi et je n'avais pas vraiment d'amis. Mais ça ne me dérange pas. J'ai énormément changé pendant cette année et heureusement. Je suis, il me semble, plus ouverte d'esprit. Je me suis rendu enfin compte de comment étaient traitées les femmes chez les gitans du coup je refuse tout lien avec, je refuse d'être raciste, sexiste, homophobe ...(tout ce que mon père est en fin de compte).

L'orientation scolaire a été un combat, car mon père ne voulait pas que je passe en Littéraire (les préjugés ont la peau dure). Il a, par je ne sais quel moyen, mis ma mère de son côté. "Quand c'est pour rien faire et lire y'a du monde par contre quand c'est pour travailler y'a personne", " tu ne réussiras pas les études en littéraire", "Tu ne réussiras pas, tu ne pourras jamais partir d'ici car personne dans la famille n'est jamais parti" Voilà ce qu'il me disait. Il voulait que j'aille en Scientifique.

Je suis actuellement en Première Littéraire (Yes !) et j'ai l'impression que la situation empire. Soit mon père devient de plus en plus exécrable soit c'est moi qui ne supporte plus tout cela.

Ce qui m'a poussé à venir écrire ici c'est ce qu'il vient de se passer. J'étais en train de plier la table, mes parents discutaient. Je n'écoutais absolument pas leur discussion et je ne sais pas comment on en est arrivé là. Donc j'étais sur le point d'ouvrir le frigo quand me père me tira les cheveux, apparemment c'était pour rire. Premièrement ça m'a fait mal mais en plus j'étais de dos, donc ça m'a surprise, je me suis plains en élevant la voix. Je monte dans ma chambre, quelques minutes après ma mère m'appelle et me demande de descendre avec mon téléphone. Mon père m'attend, il me confisque mon téléphone pour avoir exagérer ma réaction. J'éteins donc mon téléphone, je le lui donne mais ce n'est pas terminé. Non, il ne m'a pas encore assez humilié. Il me dit qu'à cause de moi ma mère lui a fait une remarque, je dois donc dire à haute de voix que j'ai exagéré ma réaction. je le fais. C'est pas assez. Il me dit que maintenant il va me parler comme ses collègues de travail, que je ne dois plus, je cite lui faire des "coups de pute" comme ça. (Evidemment je pleure durant tout cela, je pleure très souvent).

Je voudrais ajouter aussi que ici j'ai mis les évènements les plus marquants pour moi. Il y en eu beaucoup d'autres et ma mère en a connu d'autres aussi. Et j'aimerai aussi préciser qu'entre ces "évènements" il y a une sorte de pression psychologique de la part de mon père sur moi en continu. C'est à dire que ce n'est pas forcément des disputes mais lorsque je dis mon avis par exemple, mon père répond aussitôt que mon avis est nul, que je ne connais rien à la vie, que je ne peux pas parler et plus je persiste, plus il va être violent dans ses propos. Un jour c'est allé jusqu'à "ça fait 15 ans que t'es là et ça fait 15 ans que tu nous fais chier".
J'ai l'impression de ne pas être fini à l'intérieur, mon corps est là mais psychologiquement et émotionellement je ne suis pas stable du tout. Je n'ai pas confiance en moi, j'ai l'impression de mal penser, de mal parler, d'être dans le faux tout le temps. S'il vous plaît, aidez-moi. Je commence à avoir des idées noires parfois, cela m'effraie. Je pourrais tout faire pour sortir de là.

Voilà, désolée pour les fautes mais surtout pour la longueur du texte.
Merci d'avance.
AlloEcouteAdo
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Re: Mon père est un tyran

Messagepar AlloEcouteAdo » 13 Oct 2018 17:15

Bonjour Cynthia,

Nous avons lu avec beaucoup d'attention ton long message, néanmoins très agréable à lire car tu écris merveilleusement bien.

Si nous avions à te faire confiance, ce serait "les yeux fermés" car contrairement à ta perception, nous trouvons que tu penses bien, que tu parles bien, et que tu es le plus souvent dans le vrai ! Nous allons même rajouter quelques fleurs (tu les mérites :roll: ) pour ton intelligence, ta sensibilité et le respect qui guide ta vie.

Tu auras compris que ce ne sont pas de flatteries, mais qu'il est important que tu aies une estime de toi plus assurée.
Ce que ton père te fait vivre (nous ne ferons pas allusion aujourd'hui à ta maman) est une sorte d'écrasement de ta personnalité. Tu as très bien analysé le pourquoi, avec cette empreinte culturelle et coutumière très forte, dans laquelle la femme n'a qu'une place subalterne.
Quelque part il est possible que tes valeurs le dérangent, qu'il se sente dépassé, et qu'il s'accroche coûte que coûte aux siennes, qui ne sont vraiment plus dans l'air du temps.
Ses réactions traduisent bien la trame de sa personnalité : très impulsif, colérique, violent et ne supportant pas la contradiction. Ses comportements, sous une apparente maîtrise et une rigidité certaine, révèlent en fait ses faiblesses et son incapacité à gérer avec tact certaines situations.
Une fois ce constat fait (qui n'est pas un jugement de notre part), il ne faut pas espérer le faire "bouger" de façon perceptible dans sa manière d'être.

Il faut donc te protéger, garder suffisamment de distance, continuer" à faire ce que tu as à faire". Il n'est pas impossible que tu retrouves plus d'affinités avec ton père d'ici quelques années, quand tu auras plus d'autonomie.
Parallèlement, bien que cela puisse paraître paradoxal, il nous semblerait intéressant que tu essaies ceci : tenter d'installer une relation affective dès qu'elle est possible, tout en sachant te détacher si tu sens que l'autorité trop imposante reprend le dessus.
Crois-tu que ton père puisse "fondre" devant un élan affectif venant de sa fille ?

Nous serons heureux de lire ton prochain message et d'y répondre. A bientôt.

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